Nuit Electro (Part I): Miss Kittin, la papesse

Nuit Electro (Part I): Miss Kittin, la papesse

Si Archive peut disputer à d’autres groupes (N.E.R.D., Kazabian entre autres) l’appellation de plus grosse tête d’affiche de la programmation « de jour », je n’imagine pas qu’on puisse contester à Miss Kittin le titre d’artiste-phare de la programmation électro qui vous fera danser toute la nuit de samedi à dimanche.


Alors, qui est Miss Kittin, reine de la nuit depuis presque 10 ans ? Et d’où vient-elle ?

A l’origine …
A l’aube des années 2000, le monde de l’électro est un peu en train de s’endormir. Les super-groupes anglais des années 90 (Prodigy, Orbital, Leftfield, Chemical Brothers) sont en veilleuse et, côté français, tout le monde attend les 2e albums des héros de la French Touch (Daft Punk, Etienne de Crecy). Venu d’Allemagne, c’est-à-dire venu de nulle part (à l’époque) sur la carte de la musique électronique, déboule alors un mouvement radicalement novateur et très excitant: l’électroclash, mené par l’excellent label International DJ Gigolo (quel joli nom tout de même). Et qui trouve-t-on à la pointe de ce mouvement ? Deux jeunes français, grenoblois pour être précis, Miss Kittin et The Hacker. Et ça tombe bien, ils font de la musique ensemble : lui derrière ses claviers, elle devant un micro.

En un album, sobrement intitulé First Album, sortie en 2001, nos deux défricheurs définissent les codes du genre (synthés 80s, boîte à rythme sèche mais soooo groovy, textes accrocheurs et explicites) et affolent les dancefloors de toute l’Europe avec leur premier hit Frank Sinatra, dont personne n’a pu oublier les glaçantes paroles « You know Frank Sinatra ? He’s dead / He’s dead ahahahahah » (et d’autres couplets plus explicites). A la fois ouvertement rétro et complètement novateur, accompagné d’une imagerie sado-maso forte (Miss Kittin en infirmère à menottes, The Hacker tenant un revolver), ce titre va créer instantanément Miss Kittin le visage, l’égérie glam, qui manquait à la musique électronique, jusque là si impersonnelle avec ses vinyls volontairement anonymes et ses robots Daft Punkiens.

Miss Kittin va vite développer son talent au-delà de son duo avec The Hacker (qui continuera par ailleurs une passionnante carrière solo d’artiste et de DJ). En 2003, c’est Felix Da Housecat, le vieux renard de la house de Chicago, qui l’invitera à chanter sur plusieurs titres de son album Kittenz And Thee Glitz. La plus connue de ces collaborations sera probablement Silver Screen, qui reprend un peu les mêmes thèmes que Frank Sinatra, en y rajoutant beaucoup d’énergie et de fortes doses d’acide. Comme avec les meilleurs titres de Daft Punk, on flirte toujours avec le putassier mais Dieu que ce titre est efficace, à vous réveiller le plus plombé des dîners Versaillais.


Felix Da Housecat featuring Miss Kittin – Silver Screen (Shower Scene)

Carrière solo
En 2004 avec I Com, puis en 2008 avec Batbox, Miss Kittin sort des albums sous son propre nom. Moins accessibles, moins orientés ‘immédiatement’ dancefloor, ces opus n’en sont pas moins révélateurs d’un vrai talent d’artiste qui mmmh … qui … euh … bon j’avoue … je ne connais pas très bien ces albums. En fait voilà, depuis que j’ai vu Miss Kittin au Sonar à Barcelone en 2007, je m’intéresse surtout à ses performances de DJ-chanteuse, qui pour moi la rendent si unique.

Pour info, le Sonar de Barcelone, c’est LE plus gros festival de musique électronique, la référence et tout, et, là-bas, Miss Kittin, c’est un peu comme Alain Delon au Japon, elle est chez elle, elle a droit à tous les égards des festivaliers et elle occupe depuis plusieurs années la meilleure place : elle joue le samedi soir, à minuit, dans la plus grande salle de tout le Sonar. C’est là que je l’ai vue, toute mignonne avec sa belle robe scintillante et moulante, et je peux vous dire qu’elle a retourné un dance-floor de 10.000 personnes (au moins) par sa présence magnétique, sa sélection de tracks-qui-tuent et, surtout, par son chant. Car oui, Miss Kittin, régulièrement, chante par dessus les titres qu’elle mixe. Ce procédé inédit pourrait être assez casse-gueule mais non, avec elle, tout fonctionne, les chansons qu’elle joue semblent revitalisées, rajeunies et surtout, elle transforme son DJ-set en véritable show, sans ostentation mais avec beaucoup d’humanité – ce qui manque souvent dans le monde très synthétique de la musique électronique en live.

Voici ci-dessous Song 2 de Blur. Ca n’a a priori rien à voir avec Miss Kittin mais elle avait joué cette chanson lors de ce fameux set au Sonar, elle avait chanté dessus et ce fut pour moi le meilleur moment du festival – toute la salle était en transe, j’en ai encore les larmes aux yeux.

Bref, Miss Kittin reste la reine de ces DJs qui ont réussi le hold-up parfait sur la scène électro française depuis presque 10 ans : Chloé, Jenifer Cardini, Ivan Smagghe, The Hacker ou encore Arnaud Rebotini. Dark, sexy, puissamment glamour, pointue mais efficace, Miss Kittin a tout pour rendre votre nuit électro inoubliable. Can’t wait.


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A PROPOS DE CET ARTICLE

Posté par marivaudage le Mardi 8 juin 2010
Catégorie : Artistes 2010

9 commentaires pour cet article


Hé bin, je vais à Solidays le 25, et puis concert d’Indochine le lendemain où elle fera la première (enfin, deuxième) partie. Elle s’échauffera un peu avec nous apparemment.

@Pollardisation, Chanceux que tu es !! Ds ts les cas, Miss Kittin saura mettre le feu à Longchamp, c’est certain.
A très vite sur l’hippodrome

Beaucoup d’approximations dans ce papier :

- Au début des années 2000 l’Allemagne ce n’est pas « nulle part » sur la carte de l’electro, c’est juste le cadre des Love Parade, le fief de la trance en Europe, le label/club Tresor à Berlin …

- Etienne de Crécy aurait du mal à faire attendre son deuxième album à l’époque vu que le premier sort en 2001

- Ms Kittin n’a pas inventé le chant par dessus les mixes, c’est une technique vieille comme la house, voir par exemple Farley Jackmaster Funk …

etc.

Bref un peu de rigueur que diable :-)

C’est vrai Romain P que si l’on part du principe que Kraftwerk a inventé l’électro (ou le kraut-rock ) forcement l’Allemagne c’est pas rien … Et c’est d’autant plus vrai que depuis les années 2000 il y a énormément de soirées électro qui se font dans des entrepôts désaffectés de Berlin-Est, un peu en « loosé-dé » sauf qu’on y trouve les meilleurs DJ de demain …

@Romain P, Merci pour ces précisions. Cependant, le 1er album d’Etienne de Crécy, Super Discount, sort en 1996, son 2nd opus sortira en 2000 sous le nom de Tempovision. Quant à Miss Kittin et son chant « inédit » c’était effectivement le cas à l’époque … en France.

Si on veut vraiment chipoter, Superdiscount était un collectif dont EdC n’était qu’un des membres ; de mémoire il ne produit que 2 ou 3 titres sur l’album dont le tube Prix Choc, pour le reste on retrouvait déjà Alex Gopher et autres Mooloodjee. Bref ! C’était juste histoire de rappeler que l’électro n’est pas née de la dernière pluie ;-)

@Romain P, merci de ton commentaire, ça fait plaisir de voir qu’il y a des connaisseurs (et des pointilleux :) ) dans la place …
Mais le but de cet article n’était pas d’établir une histoire précise de la musique électronique depuis 20 ans (il faudrait 500 pages !) et par conséquence il est vrai qu’il y a un peu des simplifications dans ce que je dis. Toutefois :

– EdC considère lui-même SuperDiscount comme son premier album. Il n’y a que 2 titres en son nom propre mais, à part Air & Alex Gopher, beaucoup d’autres noms (La Chatte Rouge, Minos pour main basse etc) sont en fait des pseudos de lui-même. Il a de plus produit l’intégralité de l’album – c’était vraiment son « bébé » ce disque

– Et oui tu as raison, il existait une culture électro assez forte en Allemagne, bien avant l’arrivée de DJ Gigolo et d’autres mais il faut aussi reconnaître qu’avant disons 2000/2001, l’attention était plutôt portée sur les Etats-Unis puis l’Angleterre puis la France. J’ai l’impression qu’il a fallu attendre l’arrivée de l’électroclash puis de la minimal pour que l’épicentre de l’électro franchisse le Rhin. Non ?

– Quant aux DJs qui chantent, je te fais complètement confiance, ça a sûrement été fait avant. C’était juste la première fois que j’entendais parler de (et que je voyais) ça

Donc oui, cet article (comme les autres) est très subjectif – et par conséquent ce je dis n’est forcément pas perçu de la même manière pour tout le monde. La musique électronique est richissime et il me reste beaucoup à découvrir … En tous cas merci de tes retours :)

@JACK_ADIE : Je vais peut être dire une connerie, mais si l’on considère effectivement très souvent que Kraftwerk (et leurs homologues Tangerine Dream) sont les pères de la musique électronique telle qu’ont la connait aujourd’hui, n’oublie t-on pas Pierre henry (cocorico encore !) qui a commencé à chatouiller l’électronique (ou l’électroacoustique)…. dans les années 50 !

Quoiqu’on en pense, Pierre Henry n’a peut être pas le même impact que Kraftwerk dans nos mémoires, pourtant il a bien influencé l’electro d’aujourd’hui (cf « Psyché Rock » par Fatboy Slim par exemple). Ok ça ne date pas d’hier mais c’est quand même assez contemporain).

Sinon y’a aussi Jean Michel Jarre………. Nan je déconne :-)

@Subli, Hello blogueur !! Merci pour les débats électro de fond, ça devient un brin pointu :) mais ça permet une discussion constructive. Espérons que la prog’ nuit de Solidays mettra tout le monde d’accord !
A très vite sur l’hippodrome



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